potins des friches

Octobre 2010

Bredouille...

La bise est installée, la journée est donc calée sur un grand soleil. Avec une lumière pareille le démon de la photo vous titille. Sa majesté Balbuzard pêcheur est en pleine migration vers le sud et squatte son perchoir favori non loin du lac de Vesoul. Résultat, je saute dans la voiture direction l'affût. Arrivé vers 9h, je stoppe derrière un gros buisson bordant le chemin pour me cacher de l'animal et ne pas l'effrayer. La distance de sécurité est de 200m environ et il est inquiet pendant quelques minutes avant de reprendre ses occupations. Je m'équipe tranquillement en étant attentif à son éventuel départ, condition incontournable pour rejoindre l'affût à 15m de son perchoir. Il termine son poisson et entreprend sa toilette. Pas de panique l'envol n'est pas pour tout de suite, je m'assieds confortablement avec les émissions de France Inter en fond sonore persuadé de partir à tout moment. Pas de chance, la digestion s'éternise, les heures défilent et 11h30 approche. Il faut rentrer pour manger et retourner au boulot ensuite. Je quitte mon buisson protecteur avec la frustration du "zéro photo" mais en me disant que les aléas de cette passion font partie du jeu. Le plaisir des futures photos n'en sera que meilleur peut être. Rentrer bredouille d'une chasse photographique fait aussi partie de la photo animalière.

 

Décembre 2007,

Goupil...

Cet hiver là, je m’étais mis en tête de réussir un portrait de renard pour le moins acceptable. Les photos de F. Cahez me donnaient l’eau à la bouche depuis des lustres. Pour cela la clairière sur la plateau de Cita était trouvée, ma cachette bien fabriquée dans un buisson épais, l’orientation par rapport au soleil, le vent dominant, les traces sous la forme de couloirs de passages dans les herbes jaunes. Bref, je me sentais prêt. L’hiver rude laissait sortir des fumeroles de la terre sous laquelle bon nombre de galeries sont creusées dans le calcaire. Le froid vif transforme le temps de l’affût en une épreuve graduée ou on passe d’un état de chasseur insensible et immobile à celui de frêle feuillu sans cesse agité. Les mains d’abord puis les pieds se tortillent vainement comme s’il s’agissait de fabriquer quelques calories impossibles. Les lumières du court après midi commencent à s’éteindre lorsque apparaît un chasseur (avec un fusil) à l’autre bout du champ. Il déambule sans se presser. Pour moi cette présence sonne la fin de l’affût. Quel renard voudrait, avec une telle menace, passer devant mon objectif ? Au moment de rompre ma position, j’entends craquer les branches distinctement dans ma direction. Surtout ne plus bouger et tordre mes yeux sur le coté pour l’apercevoir. Un renard d’un roux flamboyant arrive et surveille l’intrus armé. Il s’arrête, pointe son nez à travers la lisière pour mieux analyser la progression du danger. C’est l’image qu’il me reste. Un museau pointu avec deux billes brillantes au raz de l’herbe et en plein soleil. Il est à 3 mètres de moi et étonnant il ne m’a toujours pas vu. Un court instant lui suffit et il continue sa trajectoire qui passe dans mon dos. C’est là qu’il sent ma présence et m’identifie tout de suite. Un arrêt bref, il tourne la tête dans ma direction, puis il reprend son chemin sur la même allure. Bonne route cher compère, pour la photo par contre, je continuerai à regarder les beaux livres de Fabrice…

 

Octobre 2010

Visite en altitude,

Le temps s’écoule doucement dans le verne massif en haut duquel je suis perché et la pluie timide alterne avec quelques rayons de soleil. Au sol, les oiseaux sont plus méfiants des formes camouflées et « bizarroïdes » qu’à 7 mètres en l’air. Cela me permet d’être très proche de maître Balbuzard sans l’inquiéter, mais aussi de voir s’agiter pas mal de volatiles autour de moi. Généralement ils passent en s’apercevant plus ou moins de cette anomalie. J’entends plus que je ne vois, Merles, Mésanges, Roitelets, Friquets, Etourneaux, Pics épeiche et même une fois le Pic vert. Quant il pousse son cri guttural à 2 mètres de vous c’est impressionnant. Le premier contact est venu d’une mésange charbonnière puis plus tard d’une mésange bleue. Dans les deux cas elles s’approchent du filet ajouré qui m’entoure. Une fois rassurées elles passent à travers et se posent carrément sur moi. Bien sûr il faut être complètement immobile à ce moment là pour espérer être comparé avec une branche d’arbre. Dans l'affût, je suis quasiment debout, les fesses appuyées sur une planche pour me stabiliser et les mains accrochées à l’appareil photo. La mésange saute sur ma cuisse, inspecte, monte un peu plus haut et s’acharne une seconde sur un bouton de ma poche de veste. La tête légèrement penchée, j’observe les yeux ronds cette boule de nerfs de quelques grammes qui en un éclair, saute sur mon épaule puis ma casquette. Arrivée sur ma tête, elle sautille quelques fois avant de rebondir sur la visière et disparaître comme elle était venue. C’est rapide, furtif et ne dure qu’un instant mais l’intensité est grande. Enfant je me suis toujours demandé « comment c’est » à l’endroit de la terre où arrive l’arc en ciel fabuleux, les couleurs tombent-elles en paillettes tourbillonnantes sans se mélanger ? Ce jour là j'ai eu une réponse possible sous la forme de ces quelques plumes bondissantes.

 

Automne 2007

Petit oubli,

La lumière arrive comme prévu dans mon dos pour immortaliser (rien que ça) l’arrivée du Martin pêcheur sur sa branche d’arbre convenue. L’après midi est douce et je suis, en tout cas je l’espère, parfaitement inclus dans la végétation du Durgeon qui coule à mes pieds. A cet endroit la rivière prend un angle de 90° et remonte droit dans l’axe de l’objectif. Impossible de le rater tout est prêt. Son sifflement aigu par à-coup ne trompe pas l’ouie de l’auguste chasseur d’images. L’index se crispe déjà sur le déclencheur. La flèche bleue passe à mach 2 pour d’autres horizons. A-t-il vu la gueule noire du téléobjectif malgré tous les efforts pour être invisible ? J’en suis là de mes profondes réflexions lorsque des voix résonnent. Sur la gauche arrivent deux marcheurs de chaque coté du cour d’eau (je saurai plus tard qu’ils recensent les galeries de Ragondins afin d’estimer la population). Le bruit de leur progression ne ramène pas le volatile favori mais dérange par contre deux chevreuils à l’abri de buissons. Ceux-ci foncent en suivant le lit et remontent devant moi sur l’autre bord. Arrivés à l’angle de la rivière et face à l’onde profonde sans hésiter ils s’élancent ensemble à peines décalés l’un de l’autre. Le temps suspendu et silencieux du bond prodigieux est rompu par le fracas de l’arrivée dans l’eau. Une gerbe énorme éclabousse le décor, le soleil s’en mêle et ajoute sa magie à toutes ces gouttelettes qui impriment ma mémoire encore à ce jour. Quelques brasses, l’autre rive est atteinte et déjà ce n’est plus qu’un souvenir. Je n’ai rien raté de tout ceci, la bouche ouverte en O et les yeux, une fois de plus bien ronds, un tout petit détail cependant, je n’ai pas appuyé sur le déclencheur…

 

 

 

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Sylvain Troux Instant Sauvage